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................Le Centre d’essais nucléaires de Cadarache
La place prise par la France dans le projet international ITER dévoile une clé décisive de succès dans le domaine scientifique
La visite du prince Jean au Centre d’essais nucléaires de Cadarache s’est révélée une impressionnante occasion de comprendre une clé majeure de succès en matière de recherche scientifique : ce qui importe, c’est d’être en mesure de se dégager des contingences du moment, des modes et des besoins passagers, pour se donner les moyens de concevoir et mettre en œuvre un projet cohérent, lucidement pensé, réalisé avec rigueur et méthode. Ce projet doit alors être poursuivi avec une volonté sans faille, et que la continuité dans l’effort soit assurée jusqu’au bout.
Le vendredi 21 juillet, le prince Jean visitait le Centre du Commissariat à l’énergie atomique de Cadarache. Il y était reçu par M. Bernard Bigot, haut commissaire à l’énergie atomique, et M. Serge Durand, directeur du CEA. La visite commença par le site du futur réacteur ITER (International Thermonuclear Experimental Reaction), qui procède d’un traité international de longue durée : outre les pays de l’Union européenne, les partenaires sont le Japon, la Russie, les États-Unis, l’Inde, la Chine et la Corée du Sud. Le traité, qui définit les apports et les charges de chacun, vise à l’installation d’un "tokamak" – abréviation russe pour chambre magnétique torique –, c’est-à-dire un réacteur nucléaire de 4e génération. Cette machine de 35 000 tonnes, conçue pour résister aux aléas sismiques, sera à fusion nucléaire : il reproduira, en quelque sorte, l’énergie du soleil.
Dans un contexte de concurrence difficile, avec le Japon notamment, la France a été choisie pour son expérience et son exemplarité dans la gestion de la technologie nucléaire. La mise en marche de ce prototype est prévue en 2020. Ce nouveau réacteur présente des caractéristiques remarquables, d’abord en ce qui concerne la sécurité : à la moindre perturbation des conditions de fusion, le dégagement d’énergie s’arrête immédiatement, bloquant toute possibilité d’emballement du réacteur. Les combustibles utilisés sont deux isotopes de l’hydrogène, le deutérium, extrait de l’eau de mer, et le tritium, plus fréquent dans la nature que l’uranium actuellement utilisé. Il n’en est besoin qu’en très faibles quantités. Ces deux éléments, portés à très haute température forment le « plasma » de fusion – comme, à l’intérieur du soleil, le plasma d’hydrogène se trouve en fusion à 15 millions de degrés. Dans le soleil, le plasma est confiné par la gravitation : ici, il le sera à l’intérieur d’un champ magnétique, comme c’est déjà le cas dans le réacteur de 3e génération Tore Supra, mis au point par le CEA, et que le prince Jean visita à cette occasion. Les réacteurs pressurisés européens (EPR), dérivés de cette technologie, sont en cours de construction – le premier, pour EDF, à Flamanville.
Le produit des réactions de fusion est l’hélium, gaz chimiquement inerte et non radioactif, au lieu des gaz actuellement issus des réactions de fission qui contribuent à aggraver l’effet de serre. Les avantages de la fusion nucléaire sont donc considérables : pas de radioactivité intempestive, très peu de matière première, une énergie indéfiniment renouvelable, aucun effet de serre,... Les utilisations seront, entre autres, la production d’électricité, d’hydrogène, le dessalage de l’eau de mer, la propulsion (navale, notamment), etc. De quoi répondre aux besoins énergétiques mondiaux, alors que les ressources minérales et fossiles se font plus rares.
Il est donc essentiel que le défi soit relevé, même s’il faudra du temps pour en arriver aux applications commerciales. Ce sera le « nucléaire durable », une des énergies de l’avenir à côté de l’hydrogène, des biocarburants, du solaire, de la biomasse (bois et résidus agricoles), l’éolien se révélant en revanche trop aléatoire.
Dans les félicitations et les encouragements qu’il a adressés au haut commissaire à l’énergie atomique et à ses équipes, le prince Jean a souligné que le projet français a réussi à s’imposer grâce à sa cohérence, à sa pertinence et surtout grâce à une remarquable succession de directeurs et d’ingénieurs qui lui a permis de s’inscrire dans la durée, au-delà des aléas politiques. Il a du même coup souligné le besoin vital pour la France d’une politique de recherche scientifique puissante, continue et volontaire, qui sans se laisser brider par les contingences des modes et des besoins immédiats, n’hésite pas à regarder loin, avec lucidité et détermination. L’exemple de Cadarache prouve à quel point notre pays en a les moyens. |